L’écrivain albanais Luan Rama: le français est la langue de la liberté

Публикувано:
16:10ч / 06.02.2020г
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En 2020, nous célébrons le 50e anniversaire de la création de l’Organisation internationale de la francophonie. Dans ce contexte, nous continuons à présenter dans une série de publications sur notre site des participants au Festival littéraire international de Sofia qui était consacré en 2019 aux littératures francophones et a été précédé d’un colloque sur le thème “ Être, venir d’ailleurs et écrire en français „, qui s’est tenu à l’Université de Sofia “ Saint Clément d’Ohrid “ les 9 et 10 décembre dernier. L’écrivain et poète albanais Luan Rama a parlé lors du colloque des racines profondes de la francophilie dans son pays. Pour lui, c’est le langage de la liberté spirituelle.

Je lui ai posé la question comment il avait découvert cette langue qui joue un rôle si important dans sa vie.

La poésie m’a aidé à découvrir la langue française. J’aimais beaucoup Jacques Prévert, Paul Eluard et j’ai commencé à entrer dans ce monde poétique, mais le cinéma m’a aidé aussi, parce que j’étais un critique de cinéma en Albanie. J’ai également écrit des scénarios de long métrages et de courts métrages, de dessins animés. J’écrivais beaucoup sur la Nouvelle vague française: Truffaut, Chabrol, Godard etc. J’ai donc commencé à apprendre le français. Le premier texte que j’ai traduit était de Marguerite Duras – un extrait de “ Hiroshima, mon amour „. Ce film m’a choqué, parce qu’à l’époque communiste on ne pouvait pas le projeter dans les salles de cinema, il était un sacrilège. J’ai traduit une partie du texte et il circulait en albanais. Même à cette époque-là l’Albanie était un pays francopnone, on étudiait à l’école Victor Hugo, Balzac, Dumas, George Sand. Le français était devenu une langue officielle dans les relations internationales. Pourquoi? Parce que le leader communiste Enver Hoxha était amoureux de la langue, il avait étudié au lycée français de Korça et était professeur au lycée. Il avait une faiblesse pour la France et c’était le seul pays où l’on pouvait voir un peu le monde de l’extérieur car l’Albanie était un pays isolé. Quand je suis allé en France, mes amis français me disaient: “ Qu’est-ce que c’est ça, vous connaissez mieux que nous la littérature française classique! “ Petit à petit je découvrais cette langue. J’étais diplomate, ambassadeur à Paris, à Lisbonne et à Monaco. J’ai travaillé dans la délégation albanaise à l’UNESCO. J’était représentant personnel du chef de l’état à l‘OIF, membre du Haut conseil de la Francophonie. Tout cela m’a donné la possibilité de voyager, de connaître plusieurs pays qui partagent la langue française, y compris en Afrique. J’ai commencé à traduire mes livres en français. J’écris des textes littéraires différents. J’ai publié plusieurs romans, quatre recueils poétiques en France et en Albanie. J’ai publié des biographies – un livre sur Mitterrand, par exemple, des livres historiques, mais c’est toujours un pont spirituel entre la France et l’Albanie.

Luan Rama-2Luan Rama-3J’ai également écrit des livres directement en français. Comme ce livre sur la censure – “ Le long chemin sous le tunnel de Platon ” (les photos de droite et de gauche). C’est dans ce livre que je parle de la littérature albanaise, des rapports des artistes et des écrivains avec le pouvoir, des compromis, des purges, des auteurs condamnés pendant l’époque totalitaire.

Luan Rama est parti pour Paris en 1991 et y est resté. Suite aux changements politiques en 1997, on lui a proposé de devenir ambassadeur en France et il a accepté. Après avoir travaillé pour l’UNESCO et pour l’Organisation internationale de la Francophonie, il a continué à vivre à Paris. il a donné des cours à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), où il a enseigné l’hitoire albanaise et la géopolitique dans les Balkans et un master sociologique “ Traditions et modalité ”.

Vous avez dit lors du colloque que le premier roman albanais était écrit en français. Voudriez-vous en donner plus de details?

Son auteur est Pashko Vasa – un Albanais érudit qui avait travaillé pour les consulats français et anglais dans l’Empire ottomane au milieu du XIXe siècle, puis il a immigré et a écrit le premier roman albanais directement en français. Donc nos traditions littéraires romanesques commencent avec un livre en français. Il y en avait plusieur d’autres, par exemple Faik Konica qui avait étudié en France et à Paris il a rencontré Guillaume Apollinaire, ils sont devenus amis et ils ont collaboré mutuellement dans les revues que chacun d’eux éditait. Il y a assi une littérature des écrivains albanais qui son partis du pays après les changements politiques vers la Suisse, la Belgique, la France, mais c’est toujours le passé totalitaire qui pèse dans leurs récits.

Luan Rama-kniga-4Luan-5On ne pourrait pas dire cela du recueil de poèmes “ Les territoires de l’âme „, que Luan Lama m’a gentiment donné quand je l’ai interviewé à Sofia (photo de gauche et de droite). Les thèmes y sont l’amour, les problèmes du monde moderne avec ses conflits, mais aussi avec son art. Le poète dédie certains de ses poèmes à de brillants artistes qu’il admire : Ernesto Sabato, Yusuf Vroni, Robert Desnos, Paul Celan, Melina Mercury etc.

L’édition est en français avec de belles illustrations de Salih Lutolli.

À la fin de l’entretien avec Luan Rama, je suis revenu sur sa déclaration selon laquelle le français est une langue de la liberté.

Il y a une liaison entre l’art français et la liberté. Je veux rappelé l’hitoire de mon ami Yusuf Vrioхi, le traducteur de Kadare qui était prisonier politique et après les changements politiques est devenu ambassadeur de l’Albanie à l’UNESCO. Il m’a m’a confessé un jour que quand il a été torturé dans sa cellule il récitait des poèmes d’Arthure Rimbaud de son recueil “ Une saisn en enfer “ pour se donner du courage. J’étais ami avec le grand poète Jacques Lacarrière et il m’a raconté que quand il était en Grèce dans les années 60 le poète Yiannis Ritsos était en prison, un de ses amis lorsqu’il allait le visiter avait prix en cachette certains de ses poèmes et les avait traduits en français avec l’aide de Jacques Lacarrière qui les a publiés dans le journal “ Le Monde ” en soulignant que le grand poète grec qui avait écrits ces vers se trouvait en prison en Grèce. Cela a fait le tollé, il y a eu une campagne en France et Ritsos était liberé. La même chose š’est passé avec l’écrivain turc Nazim Hikmet qui aussi était en prison. Un de ses amis avec sa femme qui donnaient des cours de français avaient traduit les poèmes de Hikmet et Louis Aragon après les avoir lu ces traductions a entamé une campagne pour sa liberation. Voilà comment la langue française sert à la liberté.

Propos recueillis par Gergina Dvoretzka

Le texte en bulgare

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